En trois années la Fondation de Sylvia Bongo s'est investie au Gabon sur le champ de la santé, des femmes et de la jeunesse. La Première Dame s'y engage sans compter. « Aujourd'hui, je bénéficie d'une plus large audience. Je veux être la voix des sans voix, avec bienveillance, détermination et énergie ...» Dit-elle

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer votre Fondation en 2011 ?

Je me suis sentie dès le plus jeune âge concernée par les sujets relatifs à la condition féminine. Plus encore depuis que je suis mère, l'éducation des jeunes,l'accès à la santé sont des problématiques qui me préoccupent particulièrement. J'ai grandi au Gabon, j'ai vécu toute ma vie ici. J'essaie de redonner ce que ce pays a su m'apporter...

Mon enfance puis mon adolescence à Libreville ont posé les jalons de l'amour inconditionnel que je ressens pour le Gabon. Ce pays m'a accueillie, m'a acceptée, m'a aimée. Je veux à mon tour tendre la main aux gens comme lorsque le Gabon est devenue ma patrie et agir avec les gabonais pour l’intérêt commun.

Mes différents déplacement à l'intérieur du pays, en tant que Première Dame, mes rencontres avec les gens, ont renforcé la passion que j'ai pour ma nation.

Pour autant, votre engagement social dans votre pays du Gabon est connu de tous. Dès 2010, vous obtenez des Nations Unies la mise en place d'une « journée internationale des veuves ». Pourquoi ? D'où vous vient ce désir de faire ?

Dès mon adolescence, j'ai aidé les gens qui souffrent, j'ai pris position et défendu des causes que je trouvais justes. Chacun a le devoir de s'engager quand il le juge nécessaire. Aujourd'hui, je bénéficie d'une plus large audience.

Je veux être la voix des sans voix, avec bienveillance, détermination et énergie. Mon leitmotiv est « agir pour faire agir ». Je ne peux me substituer aux pouvoir publics, ce n'est pas mon objectif. J'apporte ma pierre à l'édifice pour un Gabon juste.

Parlez-nous de cette « Journée internationale des veuves » ?

La Journée internationale des veuves, c'était un moment fort pour le Gabon, pour nos veuves. Ce fut également la reconnaissance d'un travail mené avec mes équipes, avec la diplomatie gabonaise, pour faire reconnaître une souffrance universelle.

Ce résultat est bien la preuve que tous ensemble, en nous unissant pour une cause, nous irons de l'avant. Ce n'est qu'ainsi que nous réussirons à laisser à nos enfants ce pays d'équité, de partage, de valeurs auquel nous aspirons tant. Pour autant, le combat n'est pas fini.

Il a été plus facile de faire adopter une résolution aux Nations Unies que de faire adopter 3 lois à l'Assemblée Nationale du Gabon pour faire respecter et appliquer cette résolution.

La lutte contre le virus du sida fait partie de vos combats les plus forts. En 2009, déjà, vous faites adopter une résolution par le Conseil de Sécurité des Nations Unies reconnaissant la nécessité d'inclure, dans la formation du personnel chargé du maintien de la paix, l’acquisition des compétences en matière de prévention du VIH/SIDA. Pourquoi cette cause ?

Vous connaissez effectivement mon engagement militant pour cette cause et l'énergie que je déploie pour assurer à la population de mon pays, plus particulièrement aux femmes et aux enfants, et un avenir sans sida. En Afrique, le SIDA tue encore plus qu'ailleurs, il tue les rêves de nos enfants. Il tue nos valeurs et l'avenir de notre continent.

C'est pourquoi je mène depuis 2009 un intense plaidoyer. J'ai pu ainsi obtenir des résultats tangibles avec l'adoption de mesures historiques telle que la gratuité du dépistage, la gratuité de la prise en charge médicale et des traitements antirétroviraux et l'augmentation généralisée des ressources allouées à la lutte contre le VIH/Sida.

Lors de la Coupe d'Afrique des Nations 2012, la Fondation a lancé une importante campagne de sensibilisation dénommée : « 3-0 pour une CAN Sans SIDA ». Nous avons renouvelé l’expérience avec Femmes contre le SIDA.

C'est pourquoi j'ai accepté en tant que femme et mère, d'être membre de la commission ONUSIDA-The Lancet. Parce que les membres de cette commission sont responsables, engagés, volontaires et conscients des enjeux de notre époque.

Nous devons réfléchir et agir avec audace et détermination pour qu'ensemble, nous puissions apporter des solutions innovantes et durables pour que la santé soit le droit de tous et un droit pour tous. J'ai foi en ce que les recommandations de la commission, que nous présenterons au Secrétaire Général des Nations Unies, seront adoptées dans l'agenda post 2015.

On le voit, vos actions sont multiples et vont au-delà de votre Fondation puisque vous vous êtes vue confier la mission poser un diagnostic de la pauvreté au Gabon et de définir un programme d'actions pour lutter efficacement contre le phénomène de précarité et d'inégalité sociale. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J'ai plaidé pour qu'un cabinet de renommée internationale s'engage auprès du Gabon pour accompagner notre pays sur deux volets prioritaires : la réforme de notre système d'éducation et la réforme de notre système d'aide sociale.

Mon ambition première est d'agir pour l'émergence d'une nation unie et solidaire , en offrant aux communautés de meilleures conditions de vie et des perspectives d'avenir. Pour cela, il y a nécessiter d'adopter un cadre d'action sociale efficace, accessible, lisible. L'objectif fondamental est d'améliorer les conditions de vies des populations.

Le partage des fruits de la croissance devant se traduire notamment par la mise en place des services de santé de qualité pour tous, la garantie de l’accès universel à l'eau potable et aux services d'assainissements, la facilitation de l’accès à un logement décent pour tous, la promotion de l'emploi et la lutte contre l'exclusion, sont au coeur du Plan Stratégique Gabon Emergent.

Des réponses efficaces doivent être données aux préoccupations sociales majeures des populations en leur garantissant une bonne qualité de vie et en offrant à chaque gabonais les moyens d'avoir une vie décente.

Notre pacte républicain est menacé car ce sont les valeurs mêmes de la République qui sont attaqués : les principes d'égalité, de fraternité, de solidarité, de justice et de cohésion sociales sont dépouillés de leur sens.

Le taux de pauvreté est inacceptable: 30% des foyers gabonais ont des revenus de moins de 80 000 FCFA par mois. La moitié de nos départements sont en décrochage en termes d’accès aux services sociaux et d'infrastructures de base. En majorité dans les départements les plus pauvres.

Cette situation sociale est fortement préoccupante, faisant peser des risques sur notre nation et sur notre modèle de société. Cela doit changer. Cela va changer.

La Nouvelle Stratégie d'Investissement Humain du Gabon sera ambitieuse. Une politique non plus focalisée seulement sur les aides sociales mais intégrée autour de quatre piliers articulant près de 70 chantiers.

Vous venez du reste d'effectuer, avant l'été, une tournée dans le Gabon profond sur le thème « Toutes les mamans comptent ». Vous avez sillonné routes et sentiers à la rencontre des populations pour évaluer les conditions d’accès en matière de santé maternelle et d'accès aux soins. Quelles images vous reviennent en tête ? Et quel constat dressez-vous ?

Je suis effectivement rentrée d'une visite de plusieurs jours dans nos belles provinces de l'Ogooué Ivindo, du Woleu-Ntem, de l'Ogooué Lolo et du Haut-Ogooué. Je suis revenue le coeur rempli de mots d'affection mais surtout porteur de vécus, d'attentes, de difficultés connues par les unes, des bonheurs rencontrés par les autres.

Je reviens encore davantage convaincue que mon choix qui est fait de soutenir la santé maternelle doit être une de mes priorités d'actions.

Je n'oublierais pas le chemin qui nous reste à parcourir au Gabon pour que chacune de nos mères et de nos soeurs puissent donner la vie dans la dignité et je poursuivrai sans relâche mon combat pour que leur santé, leur avenir et l'avenir de leur famille, ne soient pas des sujets en marge du développement de notre pays.

Mais je n'oublierais pas non plus toutes ces femmes, ces hommes, dont j'ai croisé la route, qui chaque jour se donnent de tout leur être pour aider à donner la vie, parfois dans des conditions très difficiles. Les soutenir, doit être la responsabilité de chacun. Parce que toutes les mamans comptent ! (sourires)

Comment voyez-vous l'avenir de la Fondation ? Y a-t-il d'autres champs, d'autres causes que vous souhaitez aborder ?

Je mesure le chemin parcouru par ma Fondation. Les trois années d'existence ont permis de mener des actions et projets importants qui, aujourd'hui, trouvent un prolongement, une continuité dans les services développés par l'Etat : je pense à la création du Fonds National d'Aide Social, à la création Direction général des associations.

Je suis fière du travail accompli par mon équipe mais beaucoup reste à faire . J'ai décidé de concentrer tous nos efforts, nos ressources, notre énergie pour des projets prioritaires pour répondre aux mieux aux attentes des concitoyens, particulièrement les femmes et les jeunes.

Si vous deviez définir en quelques mots la place de la Fondation dans votre vie, quels seraient-ils ?

La Fondation est une famille qui grandit, avance, se construit, construit, apprend . Et comme toutes les mères de famille, c'est avant tout une question d'organisation et d'amour. C'est aussi être fidèle à ses valeurs.

 

TROIS PROGRAMMES PHARES

La Fondation Sylvia Bongo Ondimba s'appuie sur trois programmes phares: santé maternelle et infantile, Agir contre le cancer et l'éducation des jeunes. La Première Dame revient sur ces choix et les actions menées.

Avec Agir contre le cancer, la Fondation s'engage à développer une stratégie globale et intégrée de lutte contre le cancer, en en particulier féminins, grâce à un partenariat opérationnel et technique avec la Fondation Lalla Salma et en soutien au Ministère de la Santé Gabonais.

La vision sous-jacente, partagée par tous les acteurs du programme est de faire du Gabon le pôle d'excellence dans la prise en charge des cancers et le leader dans la lutte contre le cancer en Afrique centrale.

La Fondation porte notamment le projet « La Maison d'Alice » auquel je tiens tout particulièrement, structure d’accueil et de séjour dédiée aux patients atteints d'un cancer et qui, par leur statut économiquement faible, sont dans l'incapacité de se loger et/ou d'assurer leur transport jusqu'au centre de traitement .

Avec « Toutes les mamans comptent », l'une de mes priorités en 2014, c'est l'amélioration des conditions de l'accouchement par la mise aux normes internationales des structures de santé maternelle. J'y consacre du temps.

Après évaluation par l'AMREF, ce projet inclut la réhabilitation et l'équipement des maternités, la formation de sages-femmes et autres personnels de santé, ainsi que la participation communautaire.

Il ciblera en particulier les zones les plus reculées du Gabon, où l'accès aux services de santé est très limité, et à l'origine de nombreux décès chez les femmes sur le point d'accoucher.

Enfin, Campagne Jeunesse : L'Education et l'accompagnement des plus jeunes constituent un pilier de mes actions .

Ouvrir les horizons de la jeunesse, en présentant les voies d'avenir possibles, en permettant aux jeunes de les faire exister, les faire se sentir exister, les encourager à s'ouvrir au monde, constituent une priorité de l'année 2014 et se traduira par la création d'un Livre des métiers et de créations de BD pédagogiques à l'attention des plus jeunes autour de la transmission de valeurs.

 

http://www.flipsnack.com/NvcFlips/lmdf-interview-sbo.html

 

 

Sylvia Bongo Ondimba: J'essaie de redonner ce que le Gabon a su m'apporter
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