Interview accordée au quotidien " l'union" du samedi 2 août 2014.

 

L'union: Comment réagissez-vous aux propos de l'opposant, Jean Ping, lorsqu'il déclare que : « nous sommes gouvernés par un autocrate entouré d'un groupe de gens pratiquement apatrides et mafieux qui contrôlent effectivement notre pays » ?

Alain-Claude Bilie-By-Nze: On est toujours trahi par les félons que l'on a engraissés. En plus de trente années d'engagement politique, c'est bien, la première fois, qu'on apprend que M. Ping exprime une opinion autre que celle de ses interêts personnels.

Le contenu de son intervention sur les antennes de France24 comme ses récentes prises de parole à Libreville, laisse apparaître un personnage en qui l'égocentrisme étouffe toute vision du réel. Tout entier à sa haine viscérale contre la famille Bongo, à qui il doit pourtant sa carrière tout aussi bien que son immense fortune, il s'oublie et se laisse aller à des anathèmes pour masquer le vide sidéral de ses propositions pour le Gabon.

Pour revenir donc à votre question, les propos de M.Ping sur ce qu'il nomme "légion étrangère", se faisant ainsi le porte-voix d'une presse d'égouts, prouvent que derrière la réputation surfaite de diplomate chevronnée qui le précède dans certaines chancelleries et salles de rédaction occidentales, se cache un personnage plus trouble, qui n'hésite pas à jouer sur la haine de l'étranger et la peur de l'autre. Réveiller la bête hideuse et immonde de la xénophobie est indigne de quelqu'un qui a représenté le Gabon et la diplomatie africaine au plus haut niveau.

Si Omar Bongo avait considéré qu'il ne fallait pas travailler avec les gabonais d'origine étrangère, M.Ping aurait-il connu la carrière qui a été la sienne ?

Il convient de rappeler du reste, qu'il y a aujourd'hui beaucoup moins d'étrangers à la présidence de la république que du temps où Jean Ping, gabonais d'origine chinoise comme il se définit lui-même, était directeur de cabinet du président de la république.

Où est donc la cohérence à reprocher à autrui ce que l'on estsoi-même ?

Le projet de M.Ping serait-il donc d'établir une hiérarchie entre les gabonais ?

Il y aurait donc à ses yeux des gabonais moins gabonais que d'autres ?

Et que dire des membres de sa famille chinoise, qu'il a fait venir au Gabon et qui, grâce à l'acceuil et à la générosité d'Omar Bongo, sont aujourd'hui des hommes d'affaires prospères dans notre pays, sans être inquiétés par personne ?

Lui qui veut se montrer si courageux aujourd'hui à surfer sur la xénophobie, pourquoi n'a-t-il pas eu le courage de demissionner de ses differentes fonctions lorsque Samuel Dossou, gabonais d'origine béninoise, gérait avec lui, le pétrole gabonais ?

Les gabonais, qui viennent d'élire à Akanda un maire, gabonais d'origine française, ne se laisseront pas abuser par les divagations de M.Ping. En france, où M.Ping aime séjourner et à s'exprimer dans les medias, personne ne comprendrait que l'extrême droite, qui assume pleinement sa détestation des étrangers, s'en prenne à Manuel Valls, Premier ministre, où à Anne Hidalgo, maire de Paris, non pas du fait de leurs politiques respectives, mais du seul fait de leurs origines espagnoles.

Par ailleurs, Jean Ping, qui a soutenu Kadhafi envers et contre le bon sens, ne peut pas être crédible lorsqu'on traite le président Ali Bongo d'autocrate. Lorsqu'on a, comme lui, soutenu un despote sanguinaire qui a tiré sur son propre peuple, on n'a pas de leçons de démocratie à donner à Ali Bongo. Lorsqu'on a barboté dans la gamelle de Kadhafi, on devrait se taire et disparaître. Jean Ping a tous les droits, y compris celui de se couvrir de ridicule.

 

L'union: L'ancien président de la Commission de l'Union africaine(UA) a également estimé que le Gabon va "très mal" et que « nous allons droit au mur ». Que lui répondez-vous ?

Alain-Claude Bilie-By-Nze: Ceci est d'autant plus regrettable que ses affirmations sur la situation économique du Gabon, sont en contradiction flagrante avec la réalité et les chiffres rendus publics par le FMI et la Banque mondiale.

Ces deux institutions confirment, en effet, que le Gabon connaît, depuis quatre ans, des taux de croissance qui oscillent entre 5 et 6%. Ceci ne peut être compris avec pertinence que si l'on garde à l'esprit qu'en 2009, au moment de l'élection du président Ali Bongo Ondimba, notre pays affichait un taux de croissance de -0.9%.

La bonne tenue de nos matières premières sur le marché ne peut, à elle seule, justifier cette évolution positive de notre économie. Cette réalité est la validation de la stratégie de diversification engagée par les differents gouvernements, en application des politiques décidées par le président de la république.

Les chiffres de la Cnuced, qui indiquent que le Gabon a attiré, ces quatre dernières années, plus de 1200 milliards de francs cfa d'investissements directs étrangers, soit deux fois plus que durant les quatre années précédentes, confortent les choix stratégiques de diversification des partenariats. On est donc très loin de la description apocalyptique que M.Ping veut faire de l'économie gabonaise.

 

L'union: Un mot sur la création du Front uni de l'opposition pour l'alternance ? Est-ce un interlocuteur crédible pour le régime en place ?

Alain-Claude Bilie-By-Nze: Nous avons qualifié d'objet politique non identifié, son attelage est si hétéroclite, qu'il va se disloquer tout seul. Il fera mine d'exister, jusqu'à ce que les ego démesurés de ses acteurs le fracassent sur le mur de leurs ambitions personnelles, lorsque viendra le moment de la désignation de son candidat.

Du reste, ce front uni n'est qu'une appellation sans réalité, tant des ténors connus de l'opposition n'y ont pas souscrit. Quand à savoir s'il sera un interlocuteur, c'est à lui de décider s'il choisit la République ou l'anarchie. La seconde option n'en fera pas des interlocuteurs pour le président de la république.

 

 

Alain-Claude Bilie-By-Nze: On est toujours trahi par les félons que l'on a engraissés.

Ci-joint l'interview sur France24 - mardi 29 juillet 2014

Retour à l'accueil